"Someday, someone may experience these bizarre events. Hopefully, they will find my notes useful."
Avertissement : Je précise que ce document contient des spoilers sur Silent Hill, Silent Hill 2 et Silent Hill 3, aussi je vous conseille de ne pas le lire tant que vous n'avez pas terminé ces jeux.
Pourquoi faire un dossier sur Silent Hill ? Tout simplement parce que je trouve que ce jeu dégage vraiment quelque chose d'unique. Une vraie personnalité, un vrai scénario et une vraie sensibilité. Bref, l'exact opposé de Resident Evil et ses clichés gros comme des maisons. A l'époque, je venais de terminer Silent Hill 2 sur PlayStation 2 et je me suis dit : "pourquoi ne pas écrire un petit truc dessus ?" Et puis l'idée est restée là, quelque part. Entretemps, je me suis refait le premier Silent Hill, toujours sur PS2 en utilisant la rétro-compatibilité et le lissage des textures. Je me suis dit alors qu'il fallait que j'écrive un truc sur Silent Hill puis sur Silent Hill 2 et enfin sur Silent Hill 3 qui vient de sortir.
Selon moi, on tient là l'une des meilleurs séries de jeux vidéo. D'un point de vue artistique et formel mais aussi d'un point de vue littéraire, Silent Hill est un jeu extrêmement bien documenté et, surtout, très bien construit. La psychologie et le symbolisme font partie des éléments-clés du jeu et les créateurs ont volontairement laissé de nombreux indices afin de permettre aux joueurs perspicaces d'avoir des informations supplémentaires sur l'univers du jeu.
Bouquins et cinéma

Les romans, les films et les jeux vidéo traitant du fantastique/horreur fonctionnent toujours sur deux niveaux. Le premier est celui du dégoût pur et simple : par exemple, dans Resident Evil lorsque Chris Redfield pénètre dans le petit salon après la salle à manger et voit un zombie croquer à pleines dents la tête de Kenneth. Cette vision vous soulève l'estomac. La tactique du dégoût peut être employée avec divers degrés de finesse artistique mais elle est toujours présente.
Il existe cependant un autre niveau, beaucoup plus puissant dans lequel l'horreur peut être comparée à une sorte de quête mystique dont l'objet est le lieu dans lequel l'homme vit à son niveau le plus primitif. L'horreur ne s'intéresse que très peu à notre monde civilisé, elle cherche un autre lieu que Stephen King nomme "le point de pression phobique". En fait, un bon récit, un bon film ou un bon jeu d'horreur trouvera l'entrée secrète de la porte que vous pensiez être le seul à connaître.
Silent Hill parvient à trouver cette porte et l'ouvre en grand... Mais pour mieux comprendre l'univers du jeu et les nombreuses références des créateurs, il est vivement conseillé de s'imprégner de quelques oeuvres de la littérature et du cinéma fantastique. En effet, les créateurs du jeu sont de grands fans du genre. Pour commencer, avez-vous remarqué que chaque rue du jeu porte le nom d'un auteur de romans fantastiques ? (exemples : Levin Street = Ira Levin, Simmons Street = Dan Simmons). Et en cherchant dans les oeuvres respectives des différents auteurs cités dans le jeu, on peut trouver de précieuses indications pour analyser les événements qui se déroulent à Silent Hill.
Concevoir un enfant portant un démon est un élément emprunté à Un Bébé pour Rosemary (excellent bouquin dont je recommande chaudement la lecture). On trouve également des références assez claires au bouquin de Richard Bachman (pseudo de Stephen King) : Les Régulateurs. Dans ce dernier, un enfant crée un monde imaginaire dans lequel il fait évoluer tous les gens habitant son voisinage dans un étrange ballet morbide. On trouve également des références indirectes à Carl Sagan et à son bouquin Cosmos dans lequel il souscrit à la théorie de Einstein selon laquelle il existe une infinité d'univers parallèles au notre et donc une infinité de réalités parallèles à la notre. Tout cet ensemble interagit en permanence. C'est un peu compliqué à expliquer mais, en gros, disons que vous faites un certain choix déterminant dans votre vie. Vous délaissez donc une autre option. Selon Sagan, il existe quelque part dans le temps (puisque le temps est un élément impalpable) une réalité dans laquelle le choix que n'avez pas pris existe... Vous arrivez à suivre ?
Sur le plan cinématographique, les références sont également nombreuses : on pense à l'Echelle de Jacob de Adrian Lyne dans lequel un homme (Tim Robbins) se débat contre d'affreuses visions cauchemardesques. D'autre part, la présence d'un Silent Hill brumeux dans les tons de blancs (White Silent Hill) par opposition à un Silent Hill sombre (Black Silent Hill) font immanquablement penser à Twin Peaks dans lequel il existe un concept similaire d'univers alternatifs : The White Lodge et The Black Lodge.
Les bouquins :
- Brume / Stephen King
- Shining / Stephen King
- Carrie / Stephen King
- Charlie / Stephen King
- Les Régulateurs / Richard Bachman (Stephen King)
- L'invasion des Profanateurs de Sépultures / Jack Finney
- Nuit d'Eté / Dan Simmons
- Un Bébé pour Rosemary / Ira Levin
- Spectres / Dean Koontz
- La Maison Hantée / Shirley Jackson
- Cosmos / Carl Sagan
- Sphère / Michael Crichton
Le cinéma :
- Fog / John Carpenter
- Le Village des Damnés / John Carpenter
- Stigmata / Kevin Smith
- Shining / Stanley Kubrick
- Carrie / Brian DePalma
- Invasion of the Body Snatchers / Philip Kaufman
- L'échelle de Jacob / Adrian Lyne
- Prémonitions / Neil Jordan
- Le Témoin du Mal / Gregory Hobblit
- Intuitions / Sam Raimi
- Twin Peaks / David Lynch